Pierre Rolland, le Rwanda au coeur

 

Pierre Rolland, le Rwanda au coeur

 

Rentré mardi soir du Rwanda où les Men in Glaz ont passé près de deux semaines pour disputer le Tour national, Pierre Rolland a vécu en Afrique une expérience unique. Difficile pour lui de partager des sentiments aussi forts et intimes mais, de sa propre initiative, le grimpeur orléanais a souhaité livrer ce qu'il avait sur le cœur. Paroles de coureur et surtout paroles d'homme. Sensible et un brin chamboulé.
 

« Depuis mes participations au Tour du Gabon en début de carrière, j'ai appris à me protéger de ce que nous sommes amenés à vivre lorsque nous courrons loin de nos bases, parfois exposés à des émotions fortes. Sentimentalement, au fil des rencontres que nous faisons, il est possible de laisser des plumes et je me suis toujours appliqué à rester le plus possible dans mon groupe sur ces épreuves dites « exotiques ». Nous sommes en course pour faire notre sport, être les meilleurs possible tout en profitant de l'environnement dans lequel nous évoluons, mais avec le recul nécessaire pour ne pas souffrir lorsque sonne l'heure du retour en Europe.

 
Il n'empêche, ce séjour au Rwanda a été fabuleux à bien des niveaux. Nos rencontres sur place ont toutes été marquées par la gentillesse, la bienveillance des gens, leurs sourires et leur volonté permanente de rendre service, sans contrepartie aucune. Lorsque l'on sait les atrocités que ce pays et son peuple ont vécues voilà bientôt trente ans, c'est incroyable. Je n'ai quasiment eu de contacts qu'avec le personnel de l'hôtel où nous résidions à Kigali mais partout au bord des routes et en ville, nous retrouvions ces sourires, cette générosité gratuite qui m'a ramené à mon enfance.
 
J'ai vécu mes six premières années à la campagne, dans le Loiret, et je me souviens de la facilité avec laquelle tout le monde se soutenait lorsque besoin était. Au Rwanda, j'ai retrouvé cette entraide naturelle, cette évidence qu'il n'y a jamais de problèmes, seulement des solutions. A l'hôtel, dès que nous rencontrions un souci logistique ou autre, ce n'était jamais un souci pour le personnel sur place. Et la solution arrivait toujours accompagnée d'un sourire.
 
Lorsque nous avons constaté que le wifi de l'hôtel était trop instable et que nous avions besoin d'acheter des cartes Sim locales, nous sommes allés à trois kilomètres de là avec Quentin (Pacher), Cyril (Gautier) et Alan (Boileau) afin de nous procurer l'accessoire indispensable pour continuer à mener notre vie de coureur professionnel connecté... et de père de famille à distance, pour certains. Internet fait partie de nos vies et ce séjour au Rwanda n'avait pas pour vocation à nous couper du Monde pendant deux semaines.

 

 

 

 

La manipulation technique a parfaitement fonctionné pour tous les coureurs... sauf pour Alan, qui a rencontré des soucis à cause de son modèle de téléphone. Seule solution : retourner au magasin accompagné d'un local capable de l'assister pour de bon. Clément et Nico, nos deux assistants sur place, ont conseillé à Alan de se rapprocher d'Innocent, un homme qui s'occupait de l'entretien de l'hôtel à longueur de journée. En route pour l'échoppe, chacun juché sur une moto-taxi, il semble que le feeling soit bien passé entre eux.

 

A partir de ce moment, Alan et Innocent ont noué une complicité que j'observais chaque jour d'un œil très extérieur et presque attendri. Au soir de la première victoire d'étape d'Alan, on a vu Innocent tourner autour de la chambre où « le p'tit » était massé chaque après-midi. Il nettoyait le sol encore et encore en faisant des allers-retours clairement destinés à croiser Alan. C'était marrant à voir et Alan l'accueillait avec plaisir. Innocent faisait partie du décor, tranquille et souriant, et nous échangions tous avec lui mais c'est avec Alan qu'il aimait se retrouver. Nous avons compris qu'Innocent travaillait à l'hôtel six jours sur sept, de 6h à 18h, et qu'il avait deux heures de vélo pour venir au boulot le matin puis en repartir le soir. Evidemment, son vélo était on ne plus « local » et nous nous demandions comment il pouvait rouler quatre heures par jour sur un tel engin. Kévin, le mécanicien du club, lui a bien proposé de le réviser mais Innocent n'en voyait pas le besoin. Et, au final, s'il changeait une pièce sur son vélo, il fallait quasiment tout changer... Il n'avait clairement pas les pièces pour remettre une telle machine en état. Et puis, quand nous demandions à Innocent si ça allait, si son vélo allait vite, sa réponse était sans appel : « Ca va, oui. Il roule vite ! » Que répondre à cela ? Le vélo est le moyen de locomotion et l'outil de travail d'une grande partie des Rwandais et tous pédalent sur des machines que nous, Européens, n'oserions même pas prendre pour aller acheter le pain...

 

Innocent est un Rwandais parmi les 12 millions d'habitants que compte ce pays mais c'est important de mettre ces hommes et femmes en lumière à travers quelques moments que nous avons partagé à leurs côtés. Sa gentillesse, ses sourires, sa générosité font de lui un homme remarquable... Le soir où nous avons pris l'avion pour rentrer en France, il était encore là à 21h, à attendre notre départ pour nous saluer une dernière fois. Je n'ai pas voulu épier Alan à ce moment-là mais je me suis dit « pourvu qu'il ne se soit pas trop attaché, le p'tit... ». J'ignore s'ils continueront d'échanger à l'avenir mais cette rencontre était belle à voir. Je garderai longtemps en mémoire le visage d'Innocent. Il est le symbole de tous ces gens croisés là-bas et qui nous rendent souvent nostalgiques à notre retour en France.

 

Il y a quelques années, à son invitation, j'étais allé chez un coureur gabonais à la fin de Tropicale Amissa Bongo et cela m'avait bouleversé. C'est cette rencontre qui m'a poussé à toujours garder une distance avec nos hôtes sur les courses lointaines. Le Rwanda figure incontestablement parmi mes plus beaux voyages. J'en avais beaucoup entendu parler, j'avais hâte de m'y rendre et je n'ai pas regretté. Voir ces enfants sortir de l'école en uniforme, tous habillés de la même manière sans distinction de marque ou de classe sociale... Les voir s'amuser avec deux bâtons et trois cailloux ou courir à nos côtés en rigolant... C'était vraiment chouette.

 

Si le club est à nouveau invité l'année prochaine, je songe à venir dix jours plus tôt pour m'acclimater à l'altitude et bien travailler en amont de la course. Accompagné de ma famille, si possible. La page Tour du Rwanda est tournée et il faut reprendre le fil de notre saison, ici en Europe, mais je garde le visage d'Innocent en tête et son souvenir restera vivace encore longtemps. Tout homme d'entretien qu'il est, il est une énorme source d'inspiration. »

 

 

 

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